Pour information, c'est une histoire qui respecte le code fantastique pur, elle ne donne pas de... Vous verrez bien à la fin.
J'en suis contente, je l'aime telle qu'elle est aujourd'hui, avec les imperfections que vous lui trouverez. Je la livre aux visiteurs égarés comme un modeste tribu à nos rêveries communes.
Je lui porte trop d'affection pour la laisser au tiroir. Laissez-moi un mot selon votre bon vouloir, même si vous n'aimez pas, évidemment.
Le PDF - Le Petit Théâtre des Rois*
*Téléchargement libre, mais pas de diffusion, merci.
Vous me direz si c'est pas trop mal, c'est le chapitre que j'écris en ce moment et avec la fatigue, je ne suis plus trop capable de m'auto-juger sur ce qui est fraichement pondu.
L’East End ne démentait pas sa réputation de quartier insalubre. Collés au port en aval des usines et entrepôts, les bâtiments de taille diverses et variées se serraient les uns contre les autres, leurs silhouettes hautes et disparates s’étiolant dans le brouillard. Sous le fait de l’humidité, l’atmosphère nauséabonde, mélange piquant d’odeurs fécales et industrielles, prenait consistance, collait aux narines et aux lèvres, soulevant le cœur des visiteurs de passage assez fous ou lubriques pour s’aventurer là à cette heure.
Ces derniers se mêlaient à la faune peu recommandable qui hantait les lieux. Quelques solitaires rasaient les murs des rues crasseuses et mal éclairées, du moins celles qui l’étaient, tandis que de petits groupes de soldats et marins riaient et s’esbaudissaient devant les charmes des tapineuses toutes prêtes à exercer leur commerce.
Grâce aux vêtements empruntés aux marins de Ramsgate, le petit groupe de traqueurs n’attirait pas l’attention. Les deux bergers de beauce dissuadaient les pickpockets comme les brigands en maraude de les approcher, et de toute façon, l’ombre inquiétante qui les accompagnait avait tendance à rebuter quiconque posait les yeux sur eux. Dans ces quartiers pauvres, on avait le sixième sens plus aiguisé que dans la haute société.
Heinrich guidait ses compagnons à travers le dédale, l’air aussi à l’aise que s’il s’agissait d’une promenade sur Oxford Street. A ses côtés, Christopher et Lady Helen se disputaient le palme de l’expression la plus morose ; William quant à lui affichait son habituel visage glabre.
Le groupe arriva bientôt à une maison de passe dont les volets rabattus dissimulaient les agissements de ses occupants. L’allemand s’approcha de l’homme posté à l’entrée, un ancien taulard tatoué qui portait une vilaine chemise de laine tachée par-dessus un pantalon de toile mal dégrossie. Tous deux échangèrent quelques mots au terme desquels ils se serrèrent brièvement la main, puis le gardien les accompagna à l’intérieur.
Les murs nus et lézardés ne portaient ni tenture, ni peinture, ni aucune autre trace d’un habillement antérieur visant à dissimuler le plâtre de mauvaise qualité. Au sol, le plancher n’avait jamais été raboté et ciré pour donner l’illusion d’un parquet : sa patine grise était le fruit des semelles grasses des clients. Quant au plafond, il disparaissait sous les toiles d’araignée… Helen prit le parti de regarder devant elle, désolée de découvrir plus triste et sale que leur précédent refuge.
Le couloir s’étirait, famélique dans l’éclairage de son unique chandelle. Sans dire mot, leur guide les conduisit jusqu’à un autre couloir sombre qui s’enfonçait dans la maison, plus profonde qu’il n’y paraissait au premier abord. La prêtresse fronçait le nez, écoeurée par un effluve entêtant de mauvais parfum, sans doute à vocation de masquer la puanteur générale qui habitait les lieux.
Enfin ils entrèrent dans un appartement aux meubles raffinés, tout tendu d’étoffes soyeuses, pourpres comme la robe de la jeune femme blonde, poudrée, qui gisait alanguie sur les draps blancs d’un somptueux lit à baldaquins.
Je vous poste un extrait pour fêter le passage de la barre des 50 %, mais je précise que c'est un texte en cours de travail (Il y a peut-être quelques répétitions et enchainements qui pêchent.)
Ah oui, comme c'est coupé, sachez qu'il s'agit ici de William.
***
Il n’y avait pas de temps à perdre. Il courut à l’escalier de bois qui menait à un bureau, et qui possédait quelques carreaux donnant sur la ruelle. Une fois en haut, il entreprit de charger son arme. En bas, les chiens gémirent.
— Cachez-vous ! leur ordonna-t-il à mi-voix.
Ils se retirèrent, dépités. Fébrile, il laissa échapper une cartouche qui rebondit sur le plancher. La concentration lui manquait. La colère du gothan le perturbait. Elle avait enflé avec les heures, jusqu’à le réveiller plus tôt dans la nuit avec ce même cauchemar que la veille. Tout le quartier baignait dans son aura de noirceur qui pesait sur le cœur comme si l’apocalypse menaçait.
Chassant ces terribles pensées, il passa le canon de sa carabine à travers un carreau brisé, déverrouilla la sécurité, et, parfaitement immobile, attendit que les hommes se montrent dans la ruelle. Quelques minutes plus tard, un mouvement rapide attira son attention. Ses yeux discernèrent une silhouette accroupie dans l’ombre des bâtiments condamnés. L’individu avait progressé si vite que William ne l’avait pas vu traverser les zones que la lune à demie voilée éclairait.
Son doigt se posa sur la gâchette. Il devait attendre que la cible se rapproche de la maison. Un battement de cil plus tard, l’homme armé d’un pistolet n’était plus qu’à une vingtaine de pieds de la porte, collé contre la façade du bar aux fenêtres murées. De l’intérieur, Heinrich et Christopher ne pouvaient l’avoir vu.
William tira. La détonation claqua, la balle fit mouche, touchant l’épaule. Le type s’écroula avec un juron, mais il roula par terre et se releva très vite. La deuxième balle le manqua. Avec sang froid, le traqueur rechargea. Sa cible avait disparu derrière un renfoncement de mur ; du moins, il le supposa, cherchant dans sa concentration à échapper au grondement inquiétant qu’il entendait depuis quelques secondes.
On a toujours besoin d'en savoir plus que ce que l'on va utiliser.
Donc voilà Heinrich, notre allemand qui parle anglais avec un très léger accent, en ballade dans Margate.
***
Conformément aux instructions d’un grand-père maussade, Heinrich avait laissé le front de mer derrière lui pour mener son cheval le long de l’artère principale, High Street, en direction de Grosvenor Hill. Les bâtiments d’inspiration géorgienne ou victorienne témoignaient du développement récent de la ville, dû à l’engouement des londoniens pour ses plages depuis le début du siècle. Cependant, le traqueur n’avait pas loisir à les observer.
Sa monture se rebiffait avec la régularité d’une horloge, ce qui lui demandait une attention redoublée pour éviter un écart. Quoique bon cavalier, il avait peine à imposer sa volonté à ce petit alezan, fort énergique quand il s’agissait de donner des coups de tête, mais bien paresseux quand il fallait prendre le trot. Heinrich se promit d’en toucher deux mots à William le soir même.
Le froid gelait ses doigts crispés sur ses rennes, et il chercha sans succès sur les fenêtres alentour la pancarte d’une pension avenante. Sa montre indiquait presque onze heures du matin. Il soupira de fatigue quand son cheval donna un coup de tête de plus, feignant un demi-tour.
En ce matin glacé de décembre, Margate était déserte. Ou presque. Un peu plus loin, un jeune vendeur de journaux sautillait sur place pour se réchauffer. Lorsqu’Heinrich vit qu’il proposait des exemplaires du Times, un sourire revint sur ses lèvres gercées. Ils étaient datés de la veille mais le traqueur devrait s’en contenter. Aussi jeta-t-il une pièce au garçon, qui l’attrapa au vol d’une mitaine dépenaillée. Heinrich se saisit du journal tendu en retour, et le coinça sous son bras, espérant que son cheval ne le contraindrait pas à le laisser tomber.
« Connais-tu un hôtel tranquille, petit ?
— Ils sont tous tranquilles à cette époque si vous voulez mon avis, marmonna le garçon en empochant une nouvelle pièce. Mais le Glenwood n’est pas si mal. La vieille Mary fait de la bonne cuisine, et les gens disent que c’est bien tenu.
L’air le plus avenant du monde, Heinrich demanda où se trouvait cet établissement, et le pauvre visage se contenta de répondre, plus fermé encore :
— Vous continuez tout droit. C’est plus haut, sur la droite. La façade rose… »
Le traqueur lui donna encore cinq pences avant de poursuivre sa route, soucieux. Cet enfant désabusé l’inquiétait. Un gamin aussi miséreux aurait du songer à l’accompagner, dans l’espoir d’y gagner un penny de plus. Les jeunes londoniens — désabusés par conviction — montraient un minimum d’entrain dès lors qu’une pièce brillait !
Les gens qu’Heinrich croisait depuis le matin affichaient une morosité flagrante. Ni le ciel couvert, ni l’humidité persistante qui s’était installée avec le froid, ne justifiaient un tel abattement. Il avait un mauvais pressentiment.
Les bow windows victoriens du Glenwood s’alignaient sur trois étages, clinquant avec leurs boiseries fraîchement repeintes en blanc qui tranchaient sur le rose fané des murs. D’un coup d’œil à l’intérieur, l’allemand constata que l’endroit était effectivement bien tenu. Il décida d’y retenir des chambres.
***
Christopher avait eu la gentillesse de raccompagner Miss Heindricks et il était revenu avec un repas dans un panier. Éreintés par leur journée, tous avaient l’estomac dans les talons. Même la prêtresse accepta de bonne grâce de s’attabler au plus tôt.
William s’occupa de dresser la table tandis que ses compagnons répartissaient les bagages dans les chambres, à l’étage pour la prêtresse, dans les communs pour les traqueurs. Bientôt, ils furent réunis au-dessus d’assiettes bien garnies dans la salle à manger qu’éclairait un lustre majestueux. Les marqueteries et tableaux des murs, ainsi que les beaux tapis qui recouvraient le sol de marbre, contribuaient à rendre la pièce fastueuse. S’il n’avait fait si froid, et si l’ombre n’avait enserré leurs cœurs, les convives auraient goûté au soulagement que procurait un tel refuge...
Gagnée par la morosité, Lady Ellen peinait à se concentrer sur son repas, tant le gothan lui paraissait proche. Il savait qu’une fois de plus, cette retraite Le confinait avec elle dans un lieu où Il n’aurait guère de proies pour satisfaire son appétit vorace. Et ainsi qu’à chaque fois où elle gagnait un asile, Il se préparait à lui faire en payer le lourd tribut.
Malgré l’abondance de lumière, les traqueurs ne s’étaient pas détendus d’un pouce. La colère du monstre de l’ombre, difficile — pour ne pas dire impossible — à ignorer, leur gâchait le repas au point que leur gigot rôti ne semblait pas plus savoureux que du bœuf bouilli. Christopher mâchait sa viande avec mélancolie, imaginant sa petite famille, semblablement attablée, mais pleine de rire et de joie.
Son soupir accablé brisa le silence malsain.
« Allons, se moqua gentiment Heinrich, ne faites donc pas cette tête monsieur Stace. Ce plat ne mérite pas un tel dédain.
Il haussa les épaules :
— C’est une mauvaise plaisanterie. Cette journée a été un cauchemar de point en point, et notre nuit ne s’annonce pas meilleure.
Lady Ellen lui décocha un regard assassin.
— Que je vous rassure monsieur Stace ! Je loge à l’extrémité de l’aile est. En dormant dans l’aile ouest à l’office, vous serez à distance suffisante pour ronfler à loisir !
— Il n’y a pas que votre gothan qui soit capable de troubler mon sommeil, Lady ! Monsieur Blake et moi-même avons combattu ce matin, et je ne sais pas ce qu’il en est pour mon compagnon, mais je peux vous assurer que mon corps en garde des séquelles douloureuses. »
Un rictus de mépris s’inscrivit sur la bouche veloutée de la prêtresse. Une douleur physique ne lui inspirait aucune pitié quand elle savait combien la torture psychique était terrible à supporter.













