Il y a des matins où, quand je traverse au volant de mon petit bolide la campagne bretonne, embrumée ou grisâtre, ensoleillée ou arrosée, les lignes d'éoliennes paisibles me donnent de l'espoir. Ces matins-là, je sens le futur à notre porte, je le crois meilleur et j'ai presque... confiance.Et puis les matins comme aujourd'hui, quand des trombes s'abattent sur mon pays, au point que mon véhicule s'enfonce dans l'eau jusqu'aux pneus et que j'ai l'impression de revivre une pluie tropicale (la chaleur en moins), une angoisse terrible m'accapare.
Là, au beau milieu de la route, noyée, traversée de torrents qui refluent des champs, mes mains se crispent sur le volant. A 30 km/h, les gerbes projetées sur les flancs de ma voiture occultent le talus et mes essuie-glaces luttent vainement contre les violents sanglots du ciel.
Tels sont mes mots, car je plonge dans mes mondes.
Mon sang se glace. Mon imagination me projette dans un avenir sombre et bouleversé, où ma survie ne sera plus une question de me lever le matin pour aller taper quelques documents... Je tremble à l'idée de perdre mon précieux confort, et mon nid si douillet dans lequel j'ai mis tant d'énergie.
Parce que je sais bien que je ne serais pas forte comme Dark angel si le pire survenait.
Parce que je sais bien qu'au contraire de ce que prétendent les films, nulle puissance ne nous sauverait.
ps : Je me sens fatiguée cette semaine. Il n'y aura sans doute aucun article d'ici ce WE. J'ai peu l'accès au net et donc je ne pourrai peut-être pas faire ma tournée de blog. J'ai du retard chez plein de monde (Bool, Bald, Adu, Alda, Blacky, Samantha, Gaby,...) Mais je le rattraperai plus tard.

Très tôt, j'ai su que le genre humain adorait mentir. On trouve toujours une bonne excuse pour mentir, surtout aux enfants. Ou alors, pour sauvegarder les convenances, on prétend ruser.
J'étais assez jeune, mais je lisais déjà des jojo lapins. J'avais depuis toujours une sainte horreur du dentiste. A quatre ans déjà, mes parents avaient prétexté une balade en forêt pour m'emmener le voir. Résultat, une fois sur le parking, mon père a dû me trainer de force tandis que je m'arc-boutais sur mes pieds.
Revenons à cette époque bénie où j'étais encore naïve, mais bien plus courageuse. Cette fois-ci, ma mère ne me cacha pas où nous allions. Dans le cabinet flottait cette odeur détestable de dentifrice et d'anti-septique, laquelle me semble toujours détestable. Notre attente me parut donc interminable.
Quand enfin je me trouvai sur le fauteuil, je respectai la promesse de me tenir tranquille, laissant docilement le docteur examiner ma dentition. Bien sûr, il me dit que j'étais une jolie petite fille, et que je ne devais pas avoir peur, qu'il n'allait pas me faire de mal. Ensuite, cet arracheur de dents me demanda de garder la bouche ouverte, tripotant à mon insu des instruments derrière le dossier.
Mon esprit m'ayant envoyé une salve d'avertissements, j'attendis, tous sens en alerte. Puis tout se passa très vite. Ses doigts me forcèrent à ouvrir la bouche plus grand, une aiguille entra dans mon champ de vision... Ma machoire se referma violemment sur les phalanges du dentiste, qui bien sûr hurla.
Je me souviens distinctement lui avoir dit, très en colère :
"C'est votre faute, il fallait m'expliquer d'abord !"
(Chaine de Baldwulf sur le souvenir d'enfance, que je transmets à Gyl, Blackwatch et Anilori.)

C'était vendredi soir, à la nuit tombée au dîner. Dehors, la campagne du centre bretagne frissonnait dans la brume humide.
" Quand la tempête souffle, j'entends le vent dans les branches et j'ai toujours peur !" déclare Mamie entre deux bouchées.
" Il y a eu des dégâts dans le petit bois ?" demande Nereij, un peu inquiet.
"Non, mais là aussi, ils sont trop tassés, tu sais bien. Il y a des arbres morts. Et puis il faudrait nettoyer. Ah si Papi était là, ça serait fait. "
Quand Papi et Mamie sont revenus au pays, ils ont racheté une partie des terres de leurs familles, dont la chapelle et son bois, ainsi que le grand terrain qui s'évade au bas de la maison jusqu'au second bois. Le jardin est un genre de forêt paysagère où se mêlent de nombreuses espèces. Un arbre pour chaque enfant et petits enfants, un chêne prélevé jeune dans le champ du grand père de Mamie.
"Mais ils sont trop tassés, répète Mamie. Parce que quand on les a plantés, il y a avait de la place, mais maintenant qu'ils ont grandi, ils se gênent !"
C'est vrai. Ils sont un peu trop serrés. Mamie a dû en faire abattre quelques-uns qui dépérissaient, étouffés.
"Demain on ira voir les bois." propose Nereij. "Je peux en nettoyer une partie cet hiver et récupérer le bois mort pour le chauffage."
Mamie hoche la tête, contente.
Le lendemain matin, nous voilà donc partis à la chapelle. Des chasseurs ont parqués leurs voitures devant. Nous évitons d'y aller. Les roues ont sans doute creusé des ornières devant le bâtiment. Ils se sentent chez eux partout ces gens là. Mamie ne les aime pas. Le pli qui s'est creusé au coin de sa bouche vaut mieux que n'importe quel autre commentaire.
Le bois n'est pas encombré de ronces. Il y en a, mais on peut marcher de dans sans soucis. De minces frênes s'élancent vers le ciel, par groupes de deux ou trois. Certains sont parasités, d'autres morts. Il y a aussi des hêtres, des ormes et des chênes qui s'épanouissent, surtout en lisière.
Il faut traverser un champ pour atteindre le deuxième bois. Nous distinguons au loin les gilets orange des chasseurs. Quelques coups de feu parviennent à nos oreilles, aussi nous hâtons-nous.
Le deuxième bois, moins dense, se compose de bouleaux, et quelques chênes particulièrement beaux ont formé d'imposantes boules. Les arbres se clairsèment au bas de la maison, et nous rentrons au jardin, où tout est majestueux, comme dans une cathédrale.
Les arbres sont grands. Des sapins aux aiguilles tombantes sont doux à caresser. L'eucalyptus se balance docilement, agitant sa feuillure argentée ; l'érable a pris une couleur chatoyante et les chênes d'amérique se penchent sur les têtes. Je ne les trouve pas si serrés que ça, c'est juste que certains se touchent un peu. Ils sont si beaux.
Mamie qui avance à petits pas en s'appuyant sur son bâton connaît le nom de chacun, se désole pour ceux qu'elle a du couper, pointe les branches qu'elle va faire tailler, et répète :
"Ils étaient tout petits. Le jardinier me dit toujours qu'on aurait du faire un plan. On ne les a pas assez écartés."
Mamie aime ses arbres. Les nuits de tempête, elle tend l'oreille, avec la crainte que l'un d'eux ne tombe, et au petit matin, elle fait un tour, pour tous les compter.

Je suis un cygne amoureux,
Aux dents d'un blanc douteux
Je crie, quand mon coeur s'étonne
Des mots qui l'abandonnent
Je vole, quand mon coeur s'égare
Au choc des reproches noirs
Je mords, quand la douleur frappe
De sa griffe qui m'écharpe
Je suis un loup dangereux,
Aux crocs d'un blanc laiteux

Je regardais la Mort fouiller dans son petit sac de toile noire, qui cliquetait comme un jeu d’osselets. Je faillis partir dans un fou rire, en imaginant qu’il cherchait ses phalanges, mais je faillis seulement.
« C’est un sac sans fond, grommela la capuche enténébrée qui me faisait face. Quelle calamité ! Je n’y retrouve jamais rien. »
Je gardais le silence, mal à l’aise. J’avais envie d’en finir vite.
La Mort soupira. Ou plutôt, une brise sèche souffla à travers mon visage.
« Je ne retrouve pas la Clef.
– Vous l’avez perdue ? m’inquiétai-je.
– Peut-être l’ai-je oubliée quelque part. Ce ne serait pas la première fois. »
Je décelais une note d'embarras dans sa voix grave.
La Mort tira sur les cordons de son sac pour le refermer puis le raccrocha à sa ceinture :
« Voulez-vous bien revenir plus tard ?
– Mais, où pourrais-je aller ?! »
Le ton plaintif de ma voix l’avait agacé.
« Un peu d’imagination, que Diable ! N’avez-vous donc personne à hanter ? »














