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Vendredi 2 novembre 2007

Oui, je sais, cet interminable silence a fait retomber le suspens de cet article comme une vieille crêpe au fond d'une poële mal chauffée. Que voulez-vous, j'ai eu beaucoup de petits tracas qui m'ont épuisés ces quinze derniers jours ! Donc, reprenons où nous nous étions arrêtés.

L'ellipse, art, croc-en-jambe, difficulté bien déguisée ? Le sujet est vaste tout de même. Donc, pour répondre à certains commentaires, j'ai soulevé le cas de l'ellipse, non pas parce que confrontée à des problèmes de forme, mais bien de fond. Et lorsque j'ai des problèmes de fond ou de structure en cours d'écriture, devinez qui surgit toujours, tel un preux chevalier à ma rescousse ? Notre ami Robert, bien sûr !

L'Ellipse avec un grand E, est tout de même bien pratique. On peut épurer le récit en évitant de raconter mot pour mot tout ce qui se passe. C'est non seulement pratique, mais encore conseillé. Prenons le cas emblématique du personnage pour étayer la discussion. Robert, 44 ans, à peine gras sur les abdos.

Le texte met en mouvement un personnage pendant une durée déterminée de sa vie. Il est donc évident qu'on ne racontera pas tout, de ses premiers mots à sa première bagarre, en passant par sa première coucherie*, et c'est bien l'intérêt de se concentrer sur une partie de son histoire : on est supposé se restreindre à ce qui est intéressant. Cependant, si c'était si simple, les histoires seraient d'une complexité quasi-nulle, pour ne pas dire navrante.

Il n'existe pour personne une seule zone temporelle de sa vie digne d'intérêt, et toutes ces zones événementielles ne sont pas forcément connexes. Est-il nécessaire pour autant de toutes les raconter ? L'ellipse, rappelez-vous mes amis, nous sommes en pleine ellipse.

Généralement**, ce sont les évènements antérieurs au présent du personnage qui intéressent l'auteur (et par extension le lecteur). Comme nous l'avons souligné, nous ne pouvons pas tous les raconter. Déjà techniquement, ça signifierait des flashbacks, des confessions en veux-tu, en voilà, pouah ! rien que de penser à toutes les façons d'amener ça, j'en ai des sueurs froides (assorties d'une flemmingite aigüe...) Non, et puis, vous voyez vraiment Robert prendre du recul sur sa vie ou se morfondre sur son passé, dès qu'il se trouve devant une bonne bière, dans une taverne où la serveuse vient de lui faire un clin d'oeil ? (Histoire d'obtenir une pièce de plus, mais Robert, il se voit déjà dans ses bras, bien sûr).

Voilà, vous saisissez bien l'envergure du problème. Donc, l'astuce consiste à sous-entendre (d'ailleurs, c'est dans la définition de l'ellipse) les évènements incriminés. Ah ! On est bien avancé.

Donc, sous-entendre. Synonymes : signaler, glisser, insinuer, souffler, suggérer, persuader, instiller, instiguer, inspirer, conseiller, proposer, évoquer, susciter, signifier, vouloir dire, indiquer.

Prenons un exemple bateau. Robert est un héros, peut-il décemment avoir eu une enfance heureuse ? Non. Pour autant, êtes-vous intéressés par les détails ? (Le premier qui dit oui...)

La serveuse déposa l'assiette de soupe fumante. Robert saliva devant les haricot et la viande qui nageaient entre les bulles d'or. Il s'arma de sa cuillère, prêt à se sustenter. La femme lui fit un clin d'oeil, coupan,t net son élan:

"Alors vous êtes un chevalier du roi ?

- Ca m'en a tout l'air. (Robert se félicita pour son esprit d'à propos).

- Votre mère doit être fière de vous !

Son front se rembrunit et son sourire retomba. Il se signa.

- Je l'espère."

Confuse, le rouge aux joues, elle balbutia une excuse, avant de s'éclipser pour lui chercher sa bière.

Bon, le problème, c'est que si on sous-entend un épisode passé plus ou moins tragique, le lecteur aura envie d'avoir le fin mot de l'histoire. Comment sa mère est-elle morte ? Assassinat ? Accident ? Devant Robert peut-être ? Non, elle s'est étouffée avec un bretzel géant quand il avait douze ans. Depuis, il hait les bretzels. Alors, est-ce particulièrement important pour notre roman cette cagade ?

Et c'est là que la façon d'évoquer l'incident importe beaucoup : soit on l'entoure de mystère, et on devra revenir dessus, parce qu'on a attiré l'attention du lecteur. Soit on le pose comme un évènement "commun", qui parle de lui-même, et qui permet au lecteur de comprendre certains traits de caractère.

"Alors vous êtes un chevalier du roi ?

- Ca m'en a tout l'air. (Robert se félicita pour son esprit d'à propos).

- Votre mère doit être fière de vous !

Son visage s'attrista.

- Je me plais à le croire.

- Oh ! Mille excuses mon bon chevalier !

- Ce n'est rien. Elle nous a quittés il y a longtemps. Je me suis fait à son absence.

- Vous êtes bien brave !

- Je le serais encore plus si j'avais moins soif !"

Confuse, elle se précipita en cuisine.

Voilà. Robert m'a l'air moins traumatisé. Même si on sent un peu de nostalgie. Il n'empêche que traiter les ellipses reste un exercice périlleux qui demande de la précision, je trouve.

Oui, parce que l'ellipse participe grandement à la construction du récit : quelque soit le cas de figure, on se sert aussi des ellipses pour cacher des informations au lecteur, pour distiller le mystère, les tenants et aboutissants de l'intrigue. Patatra ! On apprend au meilleur moment, qu'en fait...

Le roi se caressa la barbe, ennuyé par la demande formelle de Robert, agenouillé au pied de son piedestal. Ce dernier releva la tête, plein d'espoir.

"S'il vous plaît, Sire. J'aime votre fille. Depuis toujours. Je veux l'épouser.

- C'est impossible.

- Oh, mon roi ! Je vous en conjure ! Je ferai tout ! Plus, même !

- Robert, je suis ton père."

C'est pas de chance quand même.

Pas facile tout ça, hein ?

* Oui, même Robert est torride !
** Faut penser aux extra-lucides mes amis !

Dimanche 12 août 2007
Je vous conseille vivement la lecture de Metropolitain par Yan Marchand, une novella sortie aux éditions Griffe d'encre. J'ai personnellement craqué sur la présentation éditeur, moi qui d'habitude ne lit jamais ce genre de chose, et préfère une première page avant de me forger une opinion.
Mais cette fois-ci, le 4eme était véritablement alléchant.

Cet homme n’est pas à croquer.
Il est laid.
Il pense mal.
Ses journées s’épuisent en complexes…
Mais un chien le trouve à son goût… un peu trop. C’est qu’il est usant, l’animal ! Il mord, lèche, ronge et savoure. Une vraie passion pour les mollets.
Et puis – liberté ! –, il n’est plus là.
Ce qu’il a fallu faire pour s’en débarrasser !

Mais un matin, dans le métropolitain, entassé avec d’autres…
… une morsure à l’épaule.


Bon, lisez-le. C'est de la bonne littérature. L'écriture est surprenante sous bien des rapports, le traitement de l'intrigue atteint d'excellentes profondeurs, c'est un peu glauque et bizarre à certains points de vue, mais c'est vraiment chouette.

Le genre, fantastique.
Allez, en avant mauvaises troupes, pour une griffouille !
Dimanche 5 août 2007
Chwip m'a tagguée. Il faut que je vous dise comment je choisis mes livres.

Difficile à expliquer, parce que je suis une lectrice erratique.

Si je me trouve dans une librairie, en règle générale, je cible un rayon - trop souvent SFFF d'ailleurs. Je lis la première page de chaque livre qui me tombe sous la main. Ca passe ou ça casse, si vous voulez mon avis. Quand on décroche au premier paragraphe, peut-on vraiment croire qu'on va s'envoyer le pavé de 700 pages qui suit ? Si à la fin de la première page, on n'a pas irrémédiablement envie de lire la suivante, pourquoi s'y forcer ?

Le problème avec cette technique, c'est que je me retrouve avec dix bouquins sous le bras, donc un gros soucis pour le porte-monnaie, ce qui me confronte à un choix difficile à faire. Et comme je suis une flemmarde, là encore, ça passe ou ça casse. Il m'arrive de tout reposer et de m'enfuir. Ou alors, j'en garde un, deux, ou trois, sans lesquels je sais ne pas pouvoir vivre plus longtemps.

Généralement, ce sont soit de gros coups de coeurs, soit des livres qui me manquent (pour compléter une collection, trilogie, etc.), soit encore des livres de documentation pour cultiver mon écriture. Mais il m'arrive de fuir, quand je sais que je n'ai pas envie de faire un choix et que finalement, ben, bon, tant pis.

Sur le net, c'est différent. Il m'arrive de commander ce qui me manque dans ma liste de titres. Jamais de trucs à loa mode. Je ne suis pas la mode, les sorties, les auteurs, tout ça, je vis dans ma petite bulle à moi (avec mes couches - nn, je plaisante), je ne me tiens pas très au courant de la littérature du moment finalement (sauf pour Harry Potter). Donc j'ai une liste là, longue comme le bras, de romans à commander (petites maisons d'édition, collections à compléter, etc.) mais j'attends d'avoir fini de dépiler deux-trois bouquins pour franchir le pas.

Ca fait bien longtemps que je n'ai pas mis les pieds dans une bibliothèque. A mon avis, ça va prendre encore un peu de temps avant que j'y retourne. Je n'aime pas avoir une échéance pour rendre les bouquins. Je peux lire plusieurs bouquins à la fois, ou un par un, et ça prend le temps que ça prend. Je peux dévorer comme laisser trainer. Il y a des romans qu'on peut lire chapitre par chapitre, en prenant son temps... Pourtant quand j'étais en étude, j'adorais les bibliothèques. Je m'enfilais même des bouquins d'informatique. C'est dire.

Sinon, j'aime bien qu'on me passe des bouquins. J'en prends soin. Et puis, j'adore pouvoir partager une histoire comme ça, et souvent, ça me fait lire autre chose que de la SFFF. Mais je ne prête pas beaucoup mes livres. J'en ai récupéré trop écornés.

Voilà, voilà.
Mercredi 4 juillet 2007
Je l'avoue, ce blog s'enfonce tout doucement sous l'eau, comme la banquis en train de fondre. Mais non, mais non, je ne suis pas mélodramatique.

Cher(e)s égarés, vous me manquez. Je vous jure, j'aimerais avoir du temps pour vous et pour mon ASLO (Au Sortir de l'ombre), mais je fais ce que je peux (c'est-à-dire pas grand chose). Après un rapide coup d'oeil, ce roman ne comptabilise que 317 949 signes, espaces compris. De temps en temps le soir, j'écris durant une vingtaine de minutes avant de m'écrouler. Mon haricot s'endort le plus souvent vers 23h00, alors je ne tarde pas à le rejoindre dans les bras de morphée...

Mais j'ai quand même quelques nouvelles. Mon texte Trois hommes dans un caveau sans parler du chat ! a été refusé par Eclats de rêves, mais il est parti chez le Calepin Jaune. J'espère qu'il plaira. Je l'ai relu avec plaisir récemment. C'est dire ! (Généralement je trouve plein à redire sur mes textes).

Une éternité s'est écoulée depuis que j'ai écrit ma dernière nouvelle, en juin l'année dernière. A quand la prochaine ? Pas avant septembre, vraisemblablement.

Bon, sur cet article merveilleux et fort intéressant, je vous abandonne à nouveau.
Protez-vous bien !
Jeudi 21 juin 2007
Le premier opus du Double Blind Mad Project est en ligne.

Je rappelle le principe : un thème est donné, à partir duquel tour à tour, des dessins puis des textes sont écrits sur le principe du téléphone arable.

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