Plus au nord, une trouée dans la falaise donnait sur une large brèche constellée de grottes.
« Idéale pour nicher. » remarqua Isaque au premier survol des lieux. Au deuxième passage, elle plongea, suivies par ses semblables.
Les cris perçants des oiseaux-glaive tirèrent les obolems de leur torpeur. Effrayés, ces derniers s’envolèrent et se défendirent de leur mieux contre leurs assaillants. Les courtes flammes qu’ils crachaient demeuraient sans effet sur le plumage acier de l’ennemi, deux fois plus gros qu’eux. Leurs corps bruns s’abattirent un à un sur le sol, la gorge déchirée par les serres implacables de leurs adversaires.
Lorsque le dernier obolem fut tué, les oiseaux-glaives quittèrent la faille, tous sauf Isaque qui en rasa le sol. Lwellyn se laissa tomber sur les galets. Ses jambes fléchirent pour amortir le choc, lui assurant une réception parfaite que nul autre qu’un Puissant aurait pu se permettre. Il se mit en marche. Des gerbes de sable et de craie se soulevaient de part en part, s’attachant à ses pas. Les iris du Seigneur des Vents, d’un gris liquide, étincelaient dans son visage noir à l’expression sévère.
Isaque se percha sur un piton de craie. Son cri retentit avec un léger écho. Elle voyait leurs proies, droit devant son Double, cachées derrière un bloc de craie et de silex que le gel avait arraché à la falaise.
Des mots résonnaient en Lwellyn, en son âme, en son cœur, plus terribles que la colère qui l’habitait. Une tornade se forma en l’espace d’un instant, et elle arracha une vague de pierres au sol. Les cailloux tournoyèrent de façon incertaine, puis le souffle grimaçant qui les animait les rassembla. D’un œil curieux, Isaque suivit le tourbillon qui chassa les proies de leur cache, comme un balai ramasse la poussière, avant de s’abattre en une pluie fracassante sur leurs talons.
Trois hommes encapuchonnés dans leurs longs manteaux s’immobilisèrent, essoufflés, devant le Seigneur des Vents. L’un d’eux se redressa avec morgue. Il osa psalmodier un début de cantique qui lui valut de s’écraser violemment contre une paroi rocheuse. Son corps sans vie glissa en douceur jusqu’au sol.
Les deux autres se contentèrent d’esquisser un mouvement de recul, conscients que la colère visible du Puissant n’augurait rien de bon pour leur avenir. Les vents sifflaient avec hargne autour d’eux. Les meneurs échangèrent un regard, puis l’un d’eux se découvrit. Son visage glable accusait une vieillesse prématurée qui ne cadrait pas avec son âge. Les arts noirs le rongeaient aussi sûrement que la haine le dévorait en cet instant.
Il s’inclina avec courtoisie, imité par son acolyte.
« Seigneur, pardonnez notre présence en ces lieux... » commença-t-il d’un ton mielleux.
Des tourbillons inégaux de poussière battirent les étoffes sur les jambes des Hostiles. Le meneur poursuivit : « Ne nous formalisons pas de cet incident. Le peuple du Vèd vit en paix avec le Cercle. Nos obolems n’ont fait aucun mal, ni aux habitants, ni aux voyageurs sur vos routes…
─ Insolent ! Peu m’importe que tes pitoyables animaux n’aient blessé personne ! Leur présence me dérange ! Votre présence me dérange ! Vous n’avez aucune raison de vous trouver ici ! Seules les frontières du Vèd sont marchandes ! »
Les colonnes de poussière montèrent de plusieurs mètres. Le vent griffait les joues du mage noir qui répondit avec diligence : « Votre méfiance est naturelle. Cependant, je vous assure que nos intentions n’étaient pas de vous nuire, soyez-en assuré…
─ Mensonge. » répondit le seigneur des vents, d’un ton sans réplique possible.
Le calme revint soudainement. Les tourbillons s’apaisèrent et la poussière retomba au sol. Le meneur préféra se taire. Du sang chaud perlait des coupures de ses joues.
« Vous avez choisi un endroit parfait pour nicher. » reprit Lwellyn, sarcastique. « Pourtant, il me semble que votre maître n’a pas requis ma permission pour installer une colonie d’obolems. J’espère que vos intentions sont aussi louables que vous le prétendez, car vous allez devoir m’éclairer sur ce point. »
Le silence obstiné du meneur ne lui plut pas. L’air s’engouffra sous sa robe et l’emmena à trois bons mètres de hauteur. Il ne cria pas. Seuls ses yeux écarquillés trahirent sa peur.
« Il est difficile de faire parler les mages noirs, en règle générale, mais je me targue d’obtenir de meilleurs résultats que la plupart des gens.
– Vraiment ? » s’enquit une voix grave.














