Je l'avais promis à Roanne, alors, voici ma vision technique des dialogues (dans les grandes lignes).
Dans un roman, une nouvelle, ou un texte en général, les dialogues contribuent à donner vie aux personnages. Ils rompent la monotonie du récit (par exemple, d’un voyage) et apportent des informations essentielles au lecteur sur la personnalité des intervenants, sur la progression de l’histoire, sur les informations que détiennent chacun, etc.
Ce n’est pas évident d’écrire un dialogue. Il y a quelques paramètres à prendre en compte...
- Le dialogue doit avoir un but.
Comme dans tout élément de texte, il ne doit pas être vain ou faire office de bouche trou. Il ne doit pas faire joli ou juste « rompre la monotonie »: quand on écrit un dialogue, il ne faut pas perdre de vue où on veut en venir.
Si les personnages devisent de la pluie et du beau temps (voire de philosophie) pendant une page sans apporter d’information concrète relative à l’histoire, autant le supprimer. Attention cependant, si vos personnages parlent de tout et de rien mais que le dialogue montre par exemple, la passion croissante de un-tel pour une-telle, ou une soudaine tension au sein d’un groupe, le dialogue est utile.
- Le dialogue doit être clair pour le lecteur.
Sans préciser qui parle à chaque réplique, vous devez vous assurer qu’il n’y a aucun doute sur qui prend la parole. Cela passe par la façon de s’exprimer du personnage, qui doit être révélatrice de son caractère, de ses origines (accents, expressions), de sa fonction, etc.
Par exemple, un capitaine de vaisseau va essentiellement donner des ordres à son équipage et il sera autoritaire dans ses dialogues.
Toujours dans la clarté, l’état d’esprit de chaque personnage doit être limpide : cela passe par la ponctuation et par les verbes qui émaillent les répliques de chacun (« s’exclamer, répondre fraîchement, s'étouffer de surprise, etc. » ).
N’oubliez pas de varier le vocabulaire pour éviter les répétitions, et n’en faites pas trop non plus, histoire que vos persos ne soient pas agités de tics.
Exemple :
– Je te l’avais dit ! s’insurge Lola en se tripotant les cheveux.
Marc lève les bras au ciel : N’importe quoi !
– C’est celui qui dit qui est répond-elle en lui faisant un clin d’oeil.
(Imaginez 15 lignes comme ça où vos personnages bougent dans tous les sens…)
- Le dialogue ne doit pas être trop long pour être efficace.
Le dialogue et les répliques ne doivent pas s’éterniser. Si le discours est trop long et trop plein d’informations, le lecteur risque d’oublier une partie d’entre elles. Evidemment, il y a un juste milieu, mais autant aller à l’essentiel, et ne mettre que ce qui est important.
Il faut faire attention à ce que le dialogue soit dynamique, même en cas d’explication fournie par un personnage à un autre. Cherchez l’efficacité en faisant des phrases plus courtes ou plus directes. Ponctuez par des exclamations, ou des questions. Il faut que ce soit vivant.
- Le dialogue est interprêté par le lecteur.
L’important dans le dialogue, c’est aussi ce qu’il dit entre les lignes au lecteur, en plus de l'objectif qu'il atteint: tous les petits détails sont importants. Ce « texte entre les lignes » doit faire partie de votre stratégie pour faire suivre le fil du scénario au lecteur.
Par exemple : le dialogue montre que la tension grimpe dans un groupe; on y devine que le chevalier Zaka n'aime pas le rodeur Oudourh, même s'il ne l'avoue pas ouvertement. Ce dialogue fait partie des éléments qui crédibilisent un affrontement avenir entre les 2 personnages.
Quelques Conseils
- Surtout, ne bâclez pas les dialogues : ça se voit.
- Pour savoir si un dialogue est bon, il n’y a rien de tel que le lire à voix haute en jouant les personnages comme au théâtre : ça aide à placer la ponctuation, à voir quand c’est trop long, etc.
- Si vous avez une longue réplique, mais impossible à raccourcir, faites faire une pause au personnage qui parle. Par exemple, « Elaine reprit son souffle sous l’œil attendri d’Isidore » ou « Sylvie s’interrompit pour boire une gorgée de thé. »
- Evitez les banalités du genre "bonjour, au revoir" pour ouvrir ou fermer le dialogue. Vous gagnerez à dire que les personnages se saluent puis entrent dans le vif du sujet. Vous pouvez aussi laisser sous-entendre la fin d’une conversation en l’arrêtant une fois que vos objectifs sont atteints. Par exemple, en sautant à une autre scène du livre ou en finissant sur : "Et ils devisèrent sur le sujet encore de longues heures. » (c'est schématique, il y'a moyen d'être un peu plus fin que ça.)
- Evitez de répéter ce qui a déjà été dit dans un autre dialogue. Optez pour un : « Le gamin rapporta sa conversation de la veille avec le maître d’arme. »
- Ne focalisez pas seulement sur le but du dialogue. Il doit servir les personnages : vous, vous n’oubliez pas le but, mais les personnages ne doivent pas perdre de vue leur intérêt personnel de prendre part à la conversation.
- Ne faites pas dire des choses évidentes comme leurs sentiments aux personnages. Par exemple, si Sarah est en colère, elle ne va pas dire : « Je suis en colère ! » On se doutera bien mieux qu’elle est furieuse, si elle hurle après l’individu qui l’a mise en colère.
La plupart de ces éléments viennent naturellement à l'auteur qui les revérifiera en relecture. Les exemples que je donne sont très schématiques. Mais j'espère avoir en partie traité le sujet !
Commentaires
Effectivement, des conseils de bon aloi :)
Les dialogues c'est aussi mon point faible... jusqu'a maintenant, j'ai du mal a aimé ce que je fais en matiere de dialogues...!!
Je retiens : ne pas me forcer à écrire un dialogue s'il n'apporte rien.
Et la première chose qu'il doit apporter, c'est une dynamique qui coupe avec la narration. Si le dialogue est aussi long et descriptif que la narration, c'est qu'il est de trop...
Ca va, la copine qui m'a "débloqué" n'avait pas tout faux !
Mon gros soucis technique au moment d'écrire : que les lecteurs identifient bien les persos. Donc dès qu'il y a plus de 2 interlocuteurs, je panique (j'ai eu un mal fou à écrire l'invasion lutinesque par exemple, ou la scène où Roanne est "piégée" entre Jocelin et les Gardes).
Ensuite, à la relecture, il est évident que mes dialogues sont plats et ne reflètent pas les persos qui les prononcent. C'est là-dessus que je travaille le plus en ce moment.
Merci pour l'article, je le re-lis à tête reposée et je reviens si j'ai des question ;).
Je te réponds à tes 2 derniers com's puis j'arrête de naviguer, j'ai les yeux explosé, la tête HS, des bouffées de chaleur, bref pas bon tout ça...
Alors oui, mon Arthuuuuus ;). Mais c'était nécessaire, ça virait "Harlequin".
Puis avoue que la fin de la 5ème partie est pas mal ;).
Merci Miss Syven ! ^_^
Moi quand j'écris, je réduis le plus possible les échanges oraux entre les interlocuteurs. Je préfère aller dans la pensée du personnage. Mais, je trouve vraiment intéressant tes conseils et aidant pour moi qui essaie d'écrire des récits.
Comme ça des trois parties de mon récit, tu as préféré la conclusion. Mais je me demandais pourquoi ? Comme tu sais, j'essaie de mieux écrire. Mais bon j'ai beaucoup d'idées, mais écrire c'est un autre histoire. Je vais revenir lire ta réponse. Bizz à toi, Maja.
Super cours d'éditage, Syven!
Tu as tout à fait raison: l'équilibre est parfois difficile à obtenir entre la partie dialoguée et la partie purement narrative d'autant que certains lecteurs préfèrent l'une ou l'autre!
Très très bonne analyse fort judicieuse!!!
Au fait j'ai suivi ton conseil de l'utilisation de l'italique pour les "voix pensées", c'est vrai que c'est beaucoup plus esthétique, merci Syven!!!
Un petit Coucou pour la fin de semaine ... Le temps passe vite !!!!! Demain c’est vendredi, Encore quelques heures de travaille, Et voilà le week-end LOL .... Je te souhaite de passé….. Une très bonne journée …
Bisous………ROSE
Il est difficile de se choisir un maître dans ce domaine. Il y a de nombreux grands écrivains qui atteignent des sommets dans cet art. Deux classiques me sont tout de suite venus à l'esprit. Sans doute parce que je les ai étudiés à l'école: Stendhal, dans le rouge et le noir, et Molière, pour le malade imaginaire. Les personnages y sont très vivants, c'est ce qui m'a marquée. Voilà. :)
Superbe leçon.
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