(mini-update sur les 2 premiers paragraphes)
NB: on prononce Lo'ellyn
Lwellyn, Seigneur des Vents
Au dehors, la tempête jouait son concert quotidien de plaintes lancinantes, ébranlant de ses épaules impalpables le lourd palais qui oscillait doucement dans les cieux. Les vents se rassemblaient pour se jeter sur le Wentatlemz avec force, dans un jeu perpétuel dont ils ne semblaient vouloir se lasser.
Seul dans ses appartements, le grand homme noir achevait de s'habiller, perdu dans des pensées qui suivaient le va-et-vient des masses d'air. Le cri de rapace qui perça soudain le tira de sa réflexion. Lwellyn se hâta de coiffer son casque d’argent et d’enfiler ses gants, puis il tira sur le cordon fixé à sa taille pour resserrer contre lui sa cape de cuir blanc. Il était prêt.
Son athlétique silhouette se dirigea à grands pas vers le balcon qui longeait le bâtiment ovale. Quand le seigneur de Borrell ouvrit la porte-fenêtre, un souffle froid s’engouffra dans le somptueux salon et renversa une chaise avec fracas. Ignorant le vent déchaîné, Lwellyn sortit. Sitôt lâché, le battant claqua derrière lui.
D’un bond, l'homme noir sauta sur la balustrade de verre, et se releva, s’appuyant sur les bourrasques qui pesaient de leur force invisible contre son corps. Son regard gris s’attarda. Les Cités Suspendues s’étendaient à perte de vue, en une myriade d’urnes rousses posées sur de fines écharpes blanches… Le seigneur des vents se jeta dans le vide.
Le nuage froid qu’il traversa lui gela cils et sourcils. L’air glacé lui battait les joues, salait ses lèvres et filait autour de lui tandis qu’il tombait. En contrebas, la mer houleuse frappait de son écume les falaises ; les plateaux de craie disparaissaient sous des nappes de poussière qui se dissipaient puis se reformaient comme des bancs de poissons effrayés par un prédateur.
Un vol d’oiseaux-glaives décrivit une large courbe et se porta à la rencontre de Lwellyn. A leur tête se trouvait leur reine, dont le plumage flamboyant d’or et de cuivre contrastait avec celui couleur acier de ses compagnons. Les abandonnant, elle se lança à la poursuite de l’homme qui tombait.
Ce dernier écarta bras et jambes, puis d’un simple vœu, engagea le vent dans sa cape. Il plana dans les cieux tourmentés…
L’immense rapace se glissa sous Lwellyn qui tomba à plat ventre sur son cou d’argent. Le seigneur des vents se redressa et agrippa fermement la poignée du harnais.
Ses pieds s’engouffrèrent dans le vide à une allure vertigineuse quand la reine plongea. Dans son sillage s’alignèrent la vingtaine de ses semblables qui l’escortaient et qui, comme elle, portaient un compagnon dont ils partageaient les pensées.
S’arrachant à sa chute, Isaque se redressa avec grâce et vira pour suivre les falaises déchiquetées. Lwellyn marmonna en lui-même quelques mots. Les vents emportèrent l’escadrille, abandonnant derrière eux les Borellas, ces immenses et larges colonnes de bois noir et millénaire qui supportaient les Cités Suspendues.
De là-haut, on distinguait les crevasses qui fissuraient les longs plateaux escarpés. À droite, les plages de silex, de sable et de verre se succédaient tandis que la houle furieuse volait en éclats. À gauche, le vent arrachait par bourrasques des nuages de craie aux falaises déjà écorchées par la mer.
Plus loin, à cinq lieues, se trouvait un petit village d’éleveurs de crustacés, abrité par une maigre crique naturelle. C’était là que le Seigneur des Vents se rendait.















