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Jeudi 22 décembre 2005

Le blog Les mondes fête son premier mois d'existence.

Merci pour la chaleur de vos commentaires, vos soutiens et vos encouragements!

Je vous souhaite à toutes et tous un très joyeux Noël, et si jamais j'obtiens un résultat de sélection, je vous en ferai part via la newsletter et dans Mes news!

Votre dévouée apprentie,

Syven

PS: Sous le sapin un bel extrait de la Course de la Lumière!!!

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Jeudi 22 décembre 2005

Voici un nouvel extrait de la Couse de la Lumière. Il fait suite au premier extrait que vous pouvez consulter ici. Bonne lecture...

***

Ce n’était qu’un rêve, se persuada Keegan. Elle caressa un tronc pour en éprouver la rugosité. Tout paraissait si réel... Sur sa main droite, brillait une bague au cœur de rubis figé entre d’étroits pétales d’or. L’Azora semblait tranquille. Aucun danger ne menaçait.

Eponil, la forêt féerique du Labothen, recelait de nombreux secrets inconnus des mortels. Son apparence seule suffisait à les en convaincre. La végétation courait aux pieds des arbres, dense, touffue, inextricable. Des mousses au vert mordoré, des fougères dentelées et de minuscules fleurs mouchetées encombraient le sol, où rien ne pourrissait, comme dans les jardins les plus soignés.

Les arbres immobiles se taisaient, et leurs branches chargées de feuilles s’entrelaçaient, s’appropriant la lumière. Les cieux se manifestaient sous forme de légers rayons, qui nimbaient les pierres d’éclats pailletés. Ici tout n’était que murmures, même le chant lointain d’un discret ruisseau…

Les iris verts de l’Ange luisaient dans la demie pénombre. Draize tarderait-il encore ? Soudain, sa silhouette se dessina plus obscure qu’une nuit sans étoile. Il accourut en silence, car ses sabots frappaient sans jamais toucher terre.

Elle caressa sa tête de ses mains froides et immatérielles, se serra contre lui et perçut sa tristesse. Oh, elle comprenait… La déception de l’Adiale Noir était grande, il avait tant espéré ! Si réelle que paraissait l’Ange, ce n’était qu’un fantôme, une projection de l’être aimé.

Aussi loin que Keegan remontât dans ses souvenirs, Draize avait toujours habité ses rêves. Au demeurant, quittait-il ses pensées le jour, quand elle était éveillée ? Ces temps-ci, la question ne se posait pas. C’était le Cercle qui l’accaparait.

« Le Cercle et ses tambours ! » pensa-t-elle, amère.

La rumeur sourde de la colère embrasa la jeune femme. Elle approchait du point de rupture, elle vacillait de fatigue nerveuse. Draize renâcla, l’enjoignant à se calmer. Un sourire sans joie prit place sur le visage diaphane de l’apparition. Puis, d’un bond son corps sans poids se hissa sur le Fabuleux.

Ce dernier se lança dans un galop effréné. Il y scella joie et détresse, amertume et liesse. L’Ange l’accompagnait, mais... Il avait espéré qu’aujourd’hui enfin, elle lui serait revenue. Qu’elle aurait quitté son propre monde pour gagner celui d’Ès.

L’Adiale Noir s’engouffra dans la partie la plus sombre d’Eponil. Sous les basses ramures ne filtrait plus une once de lumière. Une mousse duveteuse estompait les contours, étouffant troncs et cailloux. Nul son ne parvenait plus à l’oreille de Draize, pas même celui de son propre souffle. Quand les arbres se resserrèrent au point de lui barrer passage, il s’arrêta.

Le silence le plus pur régnait.

« ­Ici, nul ne pourra épier tes pensées. » promit-il à la jeune femme. « Tu dormiras en paix. »

Telle un souffle glacé, elle glissa de son dos.

« Tu m’en veux ? » demanda-t-elle.

Ils n’avaient pas de secret l’un pour l’autre. Qu’un monde ou non les séparât.

« Non. Tu me manques.

Tu me manques aussi. »

Le Fabuleux voyait plus loin que ce pâle fantôme. Il lisait dans son cœur une détresse profonde, enragée, une crainte qui se muait en haine.

« J’entends les tambours chaque jour, Draize. » reprit-elle. « Ils me rendent folle ! Eux et cette licorne ! Elle m’appelle l’Ange, elle me presse de revenir, sans arrêt. Je n’aurais aucun répit si tu ne me protégeais pas. »

Draize ne comprenait pas. Le Cercle n’était pas son ennemi.

« Dors, dors, mon Ange, » la berça-t-il avec tendresse. « Repose-toi. Peu m’importent le Cercle, les tambours et ce monde où tu vis loin de moi. Tu as tout mon amour. »

La main froide se crispa sur son chanfrein avec une réalité singulière.

« Tu ne quittes jamais mon cœur Draize, je te le promets. » lui jura-t-elle avant de retourner au sommeil.

Il le savait déjà. La Laückfillès s’effondra inanimée. Peu à peu, elle s’effaça, et d’elle ne subsista que son esprit. Fidèle, Draize resta à la veiller.

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