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Jeudi 2 novembre 2006
Voilà un nouvel extrait du roman sur lequel je travaille, Au sortir de l'ombre (le début du prologue de ce roman.) Je vous préviens, c'est relu, mais encore très frais. Donc il doit y avoir de disgracieuses répétitions, quelques tournures maladroites, mais bon. Les images sont là, j'espère qu'elles donnent le ton.
Cet extrait provient du chapitre 1. Pour replacer, vous allez faire connaissance avec deux traqueurs de la guilde d'Ae, qui font partie des personnages principaux de l'histoire. L'action se déroule fin XIXeme au coeur de Londres, à Exeter Hall.

"Les riches tapis d’orient étouffaient le claquement de leurs souliers. Les doubles portes à moulure dorée se succédaient dans le grand couloir de marbre glacé, abondamment éclairé par des lustres alimentés au gaz..."

***

 Ils quittèrent le salon, traversèrent le vestibule désert et sortirent dans le corridor, toujours aussi lumineux. En s’y avançant, les deux hommes laissèrent derrière eux le fardeau de leur traque.

« Puisque tu m’as attendu, veux-tu dîner à la maison ce soir ?

— Pourquoi pas ? Je ne refuse jamais une invitation à la table de Margaret… »

Un individu les dépassa, visiblement pressé. William oublia la boutade qu’il voulait lancer, interpellé par une vague odeur de sang. Du sang ? Ici, à Exeter Hall ? s’étonna-t-il en son for intérieur. Cela provenait de cet homme qui marchait devant eux. L’instinct du traqueur prit le dessus. Tirant Christopher par le coude, il accéléra.

L’inconnu les distançait. Son sillage distillait l’effluve âcre du sang, à laquelle se mêlait la sueur d’une excitation propre au prédateur. Le noir décida de le rattraper, optant pour le pas de course.

— Qu’est-ce qu’il te prend ? s’exclama son camarade.

L’homme leur jeta un coup d’oeil par-dessus l’épaule. Grand, athlétique, et âgé d’une cinquantaine d’années, nota en lui-même William, juste avant de s’écrouler, frappé par une force invisible qui l’avait percuté à l’estomac.

— Attendez ! rugit son ami, qui se lança à son tour à la poursuite du fuyard.

Celui-ci fit volte face, les traits déformés par la colère. Une onde de choc ébranla les lustres, les bibelots et les tableaux, mais elle s’arrêta aux pieds du rouquin, se tordant avec le tapis comme un serpent enragé. La surprise se peignit sur le visage de l’inconnu, bien vite remplacée par un dédain manifeste. Il tourna les talons.

— Restez où vous êtes ! lança Christopher.

Pour toute réponse, l’autre prit ses jambes à son cou, gardant une main en arrière. Un bouclier invisible bloqua la riposte de son poursuivant, laquelle détruisit une console à proximité.

En pestant, le traqueur releva au passage William, qui reprit sa course. Désormais épaulé, le noir se sentait la ferme intention d’arrêter ce suspect. Des ailes lui poussaient tandis qu’il réduisait la distance entre lui et le fugitif.
Vendredi 25 août 2006

(mini-update sur les 2 premiers paragraphes)

NB: on prononce Lo'ellyn

Lwellyn, Seigneur des Vents

Au dehors, la tempête jouait son concert quotidien de plaintes lancinantes, ébranlant de ses épaules impalpables le lourd palais qui oscillait doucement dans les cieux. Les vents se rassemblaient pour se jeter sur le Wentatlemz avec force, dans un jeu perpétuel dont ils ne semblaient vouloir se lasser.

Seul dans ses appartements, le grand homme noir achevait de s'habiller, perdu dans des pensées qui suivaient le va-et-vient des masses d'air. Le cri de rapace qui perça soudain le tira de sa réflexion. Lwellyn se hâta de coiffer son casque d’argent et d’enfiler ses gants, puis il tira sur le cordon fixé à sa taille pour resserrer contre lui sa cape de cuir blanc. Il était prêt.

Son athlétique silhouette se dirigea à grands pas vers le balcon qui longeait le bâtiment ovale. Quand le seigneur de Borrell ouvrit la porte-fenêtre, un souffle froid s’engouffra dans le somptueux salon et renversa une chaise avec fracas. Ignorant le vent déchaîné, Lwellyn sortit. Sitôt lâché, le battant claqua derrière lui.

D’un bond, l'homme noir sauta sur la balustrade de verre, et se releva, s’appuyant sur les bourrasques qui pesaient de leur force invisible contre son corps. Son regard gris s’attarda. Les Cités Suspendues s’étendaient à perte de vue, en une myriade d’urnes rousses posées sur de fines écharpes blanches… Le seigneur des vents se jeta dans le vide.

Le nuage froid qu’il traversa lui gela cils et sourcils. L’air glacé lui battait les joues, salait ses lèvres et filait autour de lui tandis qu’il tombait. En contrebas, la mer houleuse frappait de son écume les falaises ; les plateaux de craie disparaissaient sous des nappes de poussière qui se dissipaient puis se reformaient comme des bancs de poissons effrayés par un prédateur.

Un vol d’oiseaux-glaives décrivit une large courbe et se porta à la rencontre de Lwellyn. A leur tête se trouvait leur reine, dont le plumage flamboyant d’or et de cuivre contrastait avec celui couleur acier de ses compagnons. Les abandonnant, elle se lança à la poursuite de l’homme qui tombait.

Ce dernier écarta bras et jambes, puis d’un simple vœu, engagea le vent dans sa cape. Il plana dans les cieux tourmentés…

L’immense rapace se glissa sous Lwellyn qui tomba à plat ventre sur son cou d’argent. Le seigneur des vents se redressa et agrippa fermement la poignée du harnais.

Ses pieds s’engouffrèrent dans le vide à une allure vertigineuse quand la reine plongea. Dans son sillage s’alignèrent la vingtaine de ses semblables qui l’escortaient et qui, comme elle, portaient un compagnon dont ils partageaient les pensées.

S’arrachant à sa chute, Isaque se redressa avec grâce et vira pour suivre les falaises déchiquetées. Lwellyn marmonna en lui-même quelques mots. Les vents emportèrent l’escadrille, abandonnant derrière eux les Borellas, ces immenses et larges colonnes de bois noir et millénaire qui supportaient les Cités Suspendues.

De là-haut, on distinguait les crevasses qui fissuraient les longs plateaux escarpés. À droite, les plages de silex, de sable et de verre se succédaient tandis que la houle furieuse volait en éclats. À gauche, le vent arrachait par bourrasques des nuages de craie aux falaises déjà écorchées par la mer.

Plus loin, à cinq lieues, se trouvait un petit village d’éleveurs de crustacés, abrité par une maigre crique naturelle. C’était là que le Seigneur des Vents se rendait.

(suite)

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Lundi 7 août 2006
Un extrait de la Course de la Lumière.

Chapitre 2

[...]

Sous les cieux lourds de nuages d’encre, la ville d’argent étincelait, illuminée par des pluies de flammes bondissantes et des éclairs tonnant de magie. La guerre avait une dimension d’apocalypse…
Formant une mêlée compacte, les hommes s’entretuaient, certains à coup de masse, d’autres en croisant le glaive. Les armes pénétraient les surcots, meurtrissaient les chairs, broyaient les os.
Aux hommes s’ajoutaient les bêtes et les fabuleux. Des carpax, ces grands mammifères bardés de plaques cornées, chargeaient indistinctement les combattants. Ils labouraient dans leur lourd galop les blessés, les corps, les mourants, que la cavalerie piétinait d’autant. Tour à tour, de Qualidoz ou du Vèd, les chevaux caparaçonnés perçaient les lignes adverses et ébranlaient les positions de chacun dans un flot de sang.
Particulièrement meurtriers, les béliarts, taureaux héroïques, appuyaient chaque assaut de l’armée du cercle. Ces fabuleux aux cornes ferrées et gravées de runes renversaient les carpax, et entamaient les plaques de leur poitrail jusqu’à leur transpercer le coeur. Rien n’arrêtait les béliarts, sauf les draconites qui s’abattaient sur leur dos et leur déchiquetaient la nuque…
Tous ces êtres luttaient pour leur survie avec force de cris. Pourtant, les hurlements de colère et de peur, de rage et de douleur n’étaient qu’un vague murmure écrasé par le mugissement sourd des Bêtes fantomatiques…
Figées dans le souvenir de Solal, leurs silhouettes incertaines se dressaient, ombres gigantesques, qui coupaient l’horizon et ratissaient la terre sous les bas nuages. Leurs yeux, petites billes vermeilles, brillaient de cruauté. Leurs membres transparents, grossiers, cueillaient les vivants qui s’effondraient dans l’instant. À chaque vie prise, les Bêtes devenaient moins informes, elles s’incarnaient…

[...]
Lundi 8 mai 2006

Voilà enfin une courte présentation du Maître Lumière, un autre puissant, personnage phare du premier opus, la Course de la Lumière. J'ai eu du mal à trouver le bon extrait et j'ai choisi de vous le présenter à travers les yeux de Keegan, l'Ange, à leur première rencontre. Vous me direz si vous le trouvez moins imposant que Draize.

Le Maître Lumière

Le Maître Lumière traversa la foule qui murmurait sur son passage. Les danseurs s’étaient prodigieusement éloignés de Draize et de Keegan, laquelle se sentait mal à l’aise.

« Calme-toi, voyons, lui souffla Draize, tu n’as rien à craindre de lui. »

Elle aurait souhaité partager cet optimisme, mais cet homme athlétique au profil d’icône lui donnait la chair de poule. Sa prestance écrasante s’accompagnait du halo particulier qui émanait du masque d’or, moule souple et gracieux d’un visage fin aux yeux d’argent. Une crainte sans fondement noua l’estomac de l’Ange. Ce masque illuminait cet homme qui semblait sortir tout droit d’un conte de fée.

Il s’arrêta devant elle, élégant dans sa tunique bleu nuit d’excellente facture, qui arborait au col un magnifique dragon higojale doré. Tremblante, Keegan répondit à son salut d’un sourire forcé, sentant peser sur elle le regard de cet homme, dont on disait que la vérité ne pouvait lui échapper.

« Ma Dame, m’accorderez-vous cette danse ? »

« Sois l’Ange ! » ordonna Draize en aparté.

Recouvrant son sang froid, Keegan accepta gracieusement son offre : « Si tel est votre désir, Maître Lumière. »

Un blanc sourire éclata sur les lèvres d’or.

Vendredi 21 avril 2006

J'ai décidé de présenter quelques-uns de mes personnages. A priori, si vous avez lu les premiers extraits de la Course de la Lumière, vous connaissez déjà Draize (son nom pour ses intimes), aussi connu du grand public sous le nom de Ténèbres.

Double de l'Ange, Draize est un adiale noir, un cheval fabuleux, craints des mortels, car il s'agit d'un exécuteur incarné, un envoyé des Enfers. Il est leur champion. Je vous invite dans ses rêves...

***

Ténèbres se tenait sur une barque d’ambre. Seul, il voguait sur un Erèbe sans fin qui luisait tel une mer d’huile, dans un monde sans ciel et sans teint.

Sur son passage, des chuchotements ravis se hissaient des profondeurs de la mort. Ombres graciles aux longues griffes aiguisées, les Chimères se levèrent une à une. Leurs voix mi-douces mi-aiguës portèrent loin, réveillant leurs autres sœurs, qui surgirent des eaux et envahirent les berges nues qui n’avaient jamais connu la vie. Quand toutes furent réunies en une armée spectrale, indénombrable, dépourvue de visages, elles firent silence.

À la question de Ténèbres sur le Voleur d’âmes, une vague d’excitation parcourut les obscures silhouettes. Leur vœu sourd et terrible enfla : IL échappait depuis trop longtemps à son juste châtiment.

Leurs voix s’unirent, glaciales : « IL est leur maître à tous. Les Hostiles ne prononcent jamais SON nom, car IL est MOL KARH, détenteur du Malescrac’h. »

Ténèbres savait déjà cela.

« IL va s’en prendre à toi, à l’Ange... à tous ! IL doit être châtié ! Nous te LE réclamons ! Chasse-LE ! »

L’adiale plus noir que la nuit gronda, les maigres silhouettes s’écartant de lui. Il était trop tôt. Les voix l’avertirent, se répétant dans un écho interminable :

« IL cherchera ta perte sans jamais t’approcher. Si tu ne LE chasses pas, LUI te chassera ! Chasse-LE ! »

Les yeux de Ténèbres rougeoyaient de colère, illuminant le crépuscule éternel. Il était trop tôt. Atteindre cette proie était impossible, car IL se cachait derrière ses armées.

« Alors nous te L’amènerons ! »

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