- Scénario : Corbeyran
- Dessin : Alice Picard
- Couleurs : Elsa Brants
- Éditeur : Delcourt
Présentation de l'éditeur:
Protégée dans l'enceinte du cloître des sœurs de glace, Weëna, qui pleure la disparition d'opéra, croit avoir échappé pour un temps à la vindicte de Morckoor. Mais le prince maudit, tenace, va trouver en sœur Keëtha une alliée. Weëna est alors mise en demeure d'embrasser la foi du cloître ou de le quitter définitivement, à ses risques et périls. Ne soupçonnant pas la duplicité de sœur Keëtha, Weëna approche à grands pas d'un piège qui va se refermer sur elle.
Mon avis:
le graphisme est superbe et les tonalités choisies pour les différentes planches me ravissent à chaque page que je tourne! Pour le scénario, je dirais, bien mais j'avais vraiment adoré les 3 premiers tomes et j'ai l'impression que celui-ci sert de "jonction". Toutefois je conseille vivement cette série! ;D
Dans la série rateaux, je veux... Kemeryne!
Cette nouvelle écrite en avril 2005 est partie à un obscur appel à texte de la revue Hauteurs, qui n'a pas eu la bonté de me répondre, ni pour me confirmer que mon texte avait été bien reçu, ni pour me confirmer qu'il était jeté (malgré quelques emails insistants).
Mais passons. Cette nouvelle recelait nombres d'écueils et avec le recul, je comprends qu'elle n'ait pas été bien accueillie. ;D
Parmi mes erreurs, celles-ci:
- deux darlings (Les darlings sont des formulations propres à l'auteur, il en est très fier car elles collent à la perfection avec ce qu'il veut exprimer; hélas, il est le seul à y être sensible, la plupart du temps le lecteur ne les comprend pas ou trouve ça super lourd. Eh oui, c'est dur...)
- une frénésie de phrases nominales et de trois p'tits points
- des répétitions: 13 fois « monde », 11 fois « espoir », 8 fois « appel »... (Ce qui est énorme pour un récit en 15000 signes.
- ...
Donc aujourd'hui, j'ai corrigé tout ça. Il m'a fallu deux heures. Et demie.
Parce qu'une nouvelle c'est quand même très dur à écrire: c'est un texte étriqué et celle-ci était compliquée.
C'est pour dire, elle aurait plus sa place dans mes mondes que dans mes rateaux. C'est un récit fantastique qui se déroule à notre époque, en france dans notre pays. Il se trouve à la juste limite entre l'ombre et la lumière et son thème est l'espoir.
Je vous en livre ici le début. Il a été rebaptisé:
Pour les hommes
Samuel appuyait à fond sur l’accélérateur. Il n’avait jamais roulé aussi vite de sa vie. Sa passagère observait le pont de Normandie qui se dressait devant eux, sinistre et émouvant dans cette nuit noire. Le coupé grimpa en trombe, comme une insulte aux fortes bourrasques qui l’ébranlaient. En moins d’une minute, il gagna le point culminant du pont et la vue arracha un frisson à Ailenoire.
La Seine s’étendait de part et d’autre en un sombre ruban, large et moiré. En face, les complexes industriels s’alignaient sur la rive en une multitude de points scintillants. Ces châteaux de lumière projetaient un halo orangé sur les bas nuages au ventre de velours, derrière lesquels se cachait la lune, spectatrice muette des caprices du destin…
Samuel ralentit dans la descente. Au bout du pont se dessinait la gare de péage, déserte. Ailenoire braqua sur lui ses iris inhumains, dont la teinte oscillait sans cesse du vert à l’or. « Nous ne nous arrêtons pas. » déclara-t-elle de sa voix rauque, inimitable.
Il rétrograda, insensible aux rugissements du moteur. Rassemblant quelques forces, Ailenoire se tendit et sur sa tête étroite, ses courts cheveux se dressèrent. La magie se manifesta en une vague sublime d’euphorie quand la voiture s’engouffra dans le péage. Elle passa au travers de la barrière sans la briser…
Le panneau. Port Sud, lut Ailenoire.
Elle sursauta : « Le port ! »
Le véhicule fit une embardée sur la droite, dérapa et s’engagea sur la sortie aussitôt après le péage. Les mains de Samuel s’agrippaient au volant tandis que les pneus hurlaient dans un virage serré.
Ils arrivèrent sur un rond-point.
« En face. » indiqua-t-elle.
Une longue ligne droite s’ouvrait devant eux.
Samuel écrasa l’accélérateur. Il s’inquiétait. Cette enveloppe humaine pesait sur la griffonne, déjà épuisée. Cela faisait si longtemps qu’elle avait quitté sa terre d’origine !
Ailenoire ferma les yeux. De nouveau, l’humeur de son compagnon parasitait ses pensées. « Calme-toi, Samuel. S’il te plait, calme-toi.
– Je suis désolé. » lâcha-t-il, honteux.
Se rappelant ses exercices, il se concentra et ne s’autorisa plus à penser qu’à la route, droite et longue. Car quelque part devant, se trouvait le Kemeryne.
Dans mon article sur Kemeryne, j'évoquais les raisons pour lesquelles mon texte avait pu être jeté et parmi celles-ci, j'ai parlé de darlings.
Suite aux questions sur cette notion de darling, j'ai pondu un long article que j'ai décidé de segmenter. Avant d'entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu'il s'agit d'une vision parfaitement personnelle du darling.
Je ne suis pas une pro, ni une référence en la matière et je n'ai pas fait de recherches accessoires pour rédiger cet article, même si c'est mon boulot de rédacteur technique qui m'a amené à les découvrir lors d'une formation à Londres (eh oui, ça fait pas de mal de se la péter).
Par contre, ça m'a fait un plaisir fou de m'étendre sur le sujet (voilà, vous êtes punis).
On y va.
Jusqu'en décembre 2004, je n'avais jamais entendu parler des darlings, et je dois avouer que ce fut pour moi une véritable révélation. Car le darling est un fléau mondialement reconnu qui infecte les écrits, frappe les écrivains dans leur orgueil et tue la patience des lecteurs. J’exagère presque.
Un darling est un élément de texte que l’auteur aime tant qu’il est convaincu non seulement de sa beauté, de sa nécessité mais aussi de sa pertinence, de son originalité…
Bref, le darling est cette formulation idéale qui colle parfaitement pour l’auteur, mais qu’hélas, les lecteurs sont en peine d'apprécier.
Le darling revêt de multiples formes, en voici quelques exemples que j’ai notés pour moi-même :
- Une formulation trop longue ou trop lourde ou très originale
- Une répétition trop appuyée
- Un passage obscur
- Une comparaison tirée par les cheveux ou dite originale
- Une métaphore trop métaphorique
- Une expression de la langue française détournée ou employée mal à propos ou mélangée avec une autre
- Une contradiction obscure
- ...
Et j’en passe des vertes et des meilleures :D
Next: un exemple de darling
Voici un exemple de darling du meilleur cru, tiré de Kemeryne :
Le coupé grimpa en trombe, comme une insulte aux manches à air gonflées par le vent fort d’hiver.
Admirez ce rythme, cette comparaison subtile, cette composition originale…
Bon, certains d’entre vous me diront : mais qu’est-ce qu’elle a cette phrase ? Elle est très bien.
Et bien sachez que d’un, vous me faites plaisir, car je suis convaincue que c’est une perle, sans doute l’une des plus belles phrases que j’ai écrites, mais de deux, sachez que vous faites partie des 30% de lecteurs qui la comprennent.
Voilà pourquoi c’est un darling : moins d’une personne sur deux qui comprend bien ce que ça veut dire.
C’est pour le moins ennuyeux. En plus, pour comprendre cette phrase, il faut quand même réfléchir : les manches à air indiquent que le vent est fort, donc que le véhicule devrait ralentir, mais comme il ne le fait pas sciemment, c’est une forme d’insulte. C’est un peu tiré par les cheveux, mais quand même, c’est bien trouvé !
Dans ce cas précis, le lecteur saisit en un instant la subtilité ou passe sans comprendre tout en se disant « C’est joli ». Au pire, et là ça craint, il fronce les sourcils et se demande ce que ça veut dire (il est content s’il trouve, et heu, avouons-le, moi aussi !)
Comment j'ai corrigé ça? Je me suis passée des manches à air. Démonstration:
Le coupé grimpa en trombe, comme une insulte aux fortes bourrasques qui l’ébranlaient.
J'ai un petit pincement au coeur. C'est moins poétique. Mais ça passe bien, hein ? (Dites-moi si ça passe bien dans les commentaires.)
ps: c'est sûr, je fais moins ma fière là...
next: le danger du darling













