Il faut envisager l'après. Qu'écrira-t-on ensuite ?
Si l'on est en pleine trilogie ou décalogie, on transpire dans la côte, on n'est pas au bout de ses peines, et on ne se pose pas la question.
Par contre si on vient de poser le point final à un one-shot, la question n'est pas aussi évidente qu'il y paraît. Et puis il va falloir tout recommencer : s'interroger sur un scénario, créer de nouveaux personnages... C'est un peu angoissant de sortir de son confortable petit roman pour retomber dans le vide de l'inconnu, et surtout dans le doute quant à nos capacités à nous remettre en selle.
Pour ma part, j'ai toujours ma confortable trilogie fantasy qui me manque. Mais enfin, ça y est, j'ai une trame pour un nouvel opus fantastique, nettement moins sombre qu'Au sortir de l'ombre. Le thème en sera l'espoir. Et ce roman sera engagé.
[Plaçons nous dans le contexte. Je frissonne à la lecture d'un passage fraichement écrit. Je me mets à la place des personnages, à l'instant j'imagine que tout cela soit possible. Je frissonne.]
J'ai réussi à me faire peur. Bien, très bien. Mais même si moi ça me fait peur, est-ce les autres auront peur ? Et s'ils ont peur, auront-ils trop peur ? Et puis quand même là, j'ai touché à la religion (touché, on pourrait dire défoncer...) Peur, bousculade de convictions. C'est pas tout public comme lecture...
Pourquoi terminer un roman est-il un cap si difficile à passer ? Au prime abord, on pourrait croire qu'enfin voir le bout du tunnel motive l'auteur, le cravache, lui donne envie de jeter ses dernières forces dans son ouvrage pour poser le point final.
Mais pas toujours. L'attachement à un texte est proportionnel à l'investissement personnel, et plus on passe de temps à écrire, plus on connait nos personnages, plus on se sent à l'aise en leur compagnie. On aime les retrouver après le travail, passer un moment à leurs côtés, les faire souffrir, rire et réfléchir. Bref. Poser le point final signifie se séparer de ces êtres auxquels on s'identifiepour les besoins de l'écrit.
D'autres éléments accroissent cette difficulté à terminer : la fin est très importante (pour tout texte), elle en conditionne le succès, et voilà qui alourdit la pression sur les épaules de l'auteur ! De plus, qui dit fin du premier jet, dit début des relectures, un travail moins gratifiant que la phase d'élaboration, avec à suivre, la soumission au verdict du bêta-lecteur (pour ceux qui ne font pas lire au fur et à mesure). C'est très angoissant.
En posant le point final, on cesse d'être seul avec notre création. On passe du côté du lecteur, on n'a plus autant d'intimité avec elle. Pis, c'est dès cet instant qu'elle nous échappe.
Je rêve lorsque s'étalent devant moi les rayons d'ouvrages où les auteurs célèbres se disputent l'affiche, vous savez bien, ceux qui pondent des décalogies et des blockbusters au point qu'on se demande si leur production ne sera pas infinie. Je rêve en me demandant ce que ça leur fait à eux, de savoir écrire sans y songer plus que ça, comme on se sert un café, on s'installe, on pianote ses pages avec l'habileté que requiert l'habitude. Je le fais bien pour écrire des documents techniques, mais je n'invente rien, je mets des mots sur ce que d'autres ont fait. Alors je me demande comment l'on en vient à créer tant d'histoires, bonnes ou mauvaises d'ailleurs.
Ces auteurs se sont-ils affranchis de la technique ? Les idées leur viennent-elles sagement à force de réflexion, ou frappent-elles à leur porte sans honte de se bousculer au portillon ? Combien de bonnes pour les mauvaises ? Notent-ils sur papier chaque embryon de scénario ? Les laissent-ils mûrir jusqu'à ce que vienne leur tour ?
Combien de personnages prennent-ils possession d'eux ? Tour à tour, ces auteurs ne se perdent-ils pas dans les méandres - pour certains convenus - de ces personnalités qu'ils tâchent de rendre intéressantes ? Comment se renouvellent-ils? Observent-ils eux aussi les gens qui font leurs courses ou se promènent, les couples heureux, les enfants turbulents, les pauvres erres déprimés ?
Certains anglo-saxons ont les moyens, je le sais, de vivre de ce qu'ils ont déjà produit. Et ils continuent... Est-ce la fée qui a fait leur succès qui les y oblige ? Certains ne cherchent-ils pas sous un autre pseudo à se défaire de leur image, pour être finalement démasqués ? Quelle drôle d'idée ! Le grand public les retrouve toujours. Pourquoi chercher à lui échapper ? Qu'ont-ils encore à prouver ?













