Je pense qu'il n'y a rien de pire pour un auteur que l'inspiration qui lui transpire des doigts tandis que son clavier se dérobe chaque fois qu'il s'en approche. Tenez, par exemple, ce week-end. Bon samedi, le temps était grandiose. Je n'ai donc pas approché mon PC. Mais, dimanche, après avoir usé une partie de mon temps à traquer du bug sur le forum de CoCyclics, je me suis dit : Banco ! Je vais écrire.
Et c'est tombé à l'eau. Entre le four qui refusait de tourner la broche du poulet, les frites qui ont brûlé (ce n'était pas moi qui cuisinais...) tout le déjeuner a été décalé. Résulta des courses, on a mangé à 14h30. Une performance. Après, tout a été décalé. Du coup, on a fini de manger à 22h00. Après j'étais trop fatiguée.
Du coup, je vais me faire violence cette semaine. Je veux reprendre un rythme, au moins 10 000 signes la semaine.
Il faut envisager l'après. Qu'écrira-t-on ensuite ?
Si l'on est en pleine trilogie ou décalogie, on transpire dans la côte, on n'est pas au bout de ses peines, et on ne se pose pas la question.
Par contre si on vient de poser le point final à un one-shot, la question n'est pas aussi évidente qu'il y paraît. Et puis il va falloir tout recommencer : s'interroger sur un scénario, créer de nouveaux personnages... C'est un peu angoissant de sortir de son confortable petit roman pour retomber dans le vide de l'inconnu, et surtout dans le doute quant à nos capacités à nous remettre en selle.
Pour ma part, j'ai toujours ma confortable trilogie fantasy qui me manque. Mais enfin, ça y est, j'ai une trame pour un nouvel opus fantastique, nettement moins sombre qu'Au sortir de l'ombre. Le thème en sera l'espoir. Et ce roman sera engagé.
[Plaçons nous dans le contexte. Je frissonne à la lecture d'un passage fraichement écrit. Je me mets à la place des personnages, à l'instant j'imagine que tout cela soit possible. Je frissonne.]
J'ai réussi à me faire peur. Bien, très bien. Mais même si moi ça me fait peur, est-ce les autres auront peur ? Et s'ils ont peur, auront-ils trop peur ? Et puis quand même là, j'ai touché à la religion (touché, on pourrait dire défoncer...) Peur, bousculade de convictions. C'est pas tout public comme lecture...
Pourquoi terminer un roman est-il un cap si difficile à passer ? Au prime abord, on pourrait croire qu'enfin voir le bout du tunnel motive l'auteur, le cravache, lui donne envie de jeter ses dernières forces dans son ouvrage pour poser le point final.
Mais pas toujours. L'attachement à un texte est proportionnel à l'investissement personnel, et plus on passe de temps à écrire, plus on connait nos personnages, plus on se sent à l'aise en leur compagnie. On aime les retrouver après le travail, passer un moment à leurs côtés, les faire souffrir, rire et réfléchir. Bref. Poser le point final signifie se séparer de ces êtres auxquels on s'identifiepour les besoins de l'écrit.
D'autres éléments accroissent cette difficulté à terminer : la fin est très importante (pour tout texte), elle en conditionne le succès, et voilà qui alourdit la pression sur les épaules de l'auteur ! De plus, qui dit fin du premier jet, dit début des relectures, un travail moins gratifiant que la phase d'élaboration, avec à suivre, la soumission au verdict du bêta-lecteur (pour ceux qui ne font pas lire au fur et à mesure). C'est très angoissant.
En posant le point final, on cesse d'être seul avec notre création. On passe du côté du lecteur, on n'a plus autant d'intimité avec elle. Pis, c'est dès cet instant qu'elle nous échappe.





















