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Jeudi 24 janvier 2008

Récemment sur le merveilleux, le formidable, le démentiel forum de CoCyclics (n'ayons pas peur de la surenchère), la question de l'érotisme a été soulevée.

Comme toute personne normalement constituée, j'ai suivi l'affaire, vous pensez bien ! Mon opinion sur l'érotisme dans les textes SFFF est relativement basique. Le sexe fait partie de la vie. Il doit donc faire partie de la littérature, ensuite tout est question de public.

Mais si on met en scène des personnages célibataires de sexe différent qui sont proches pendant tout un roman, et qu'il ne se passe rien entre eux ayant rapport à leur vie sexuelle (rejet ou attraction ou on ferait mieux de rester amis), la crédibilité du texte peut en pâtir, surtout s'il n'y a rien de particulier qui empêche les persos de "tenter le coup".

Dans la vie de tous les jours, un célibataire va saisir les opportunités qui s'offrent à lui, tester les affinités possibles, quitte à faire machine arrière en cas d'incompatibilité majeure. La question du sexe se pose ensuite, mais franchement, qui croit réellement qu'on peut se retenir de passer à l'acte tout le temps d'un roman, sans ressentir un minimum de frustration ? Attendre le happy end pour enfin être heureux ? Sans craquer ? Hum ? Et pourquoi quand on est un héros, on n'aurait pas le droit à une petite récréation, hein ? Hum ?

Certains héros sont vraiment des héros, y'a pas à tortiller de la plume. Les pauvres.

Donc, vous choisirez peut-être de faire tomber les tabous et de laisser votre héros passer à l'acte. C'est là que vos ennuis commenceront vraiment. Car comment écrire une scène érotique réussie sans tomber dans le porno, ou le cliché mal bigorné ?

Si vous avez envie de savoir, faites comme moi, lisez ce blog:

Tabou érotique

Lundi 7 janvier 2008

Question motivation, le blog et les forums sont un super moteur quand on écrit. Ca me fait un peu penser aux nouveaux programmes de régime sur lesquels je suis tombée sur le net. Quand on souscrit, on a le droit à un coach personnel, on reçoit des videos, et on crée un blog sur lequel on note chaque jour le résultat de ses avancées (si on s'est sentie bien, si on a eu faim, craqué, etc.) ca fait froid dans le dos quand on est comme moi adepte du régime standard : je fais plus de sport et je fais gaffe à ce que je mange (sauf depuis deux semaines).

C'est vrai que mine de rien, se fixer des objectifs en terme de signes, ça fait avancer le bouquin un minimum, même si on ne tient pas parfaitement ses objectifs. Je suis particulièrement admirative de Samantha Bailly qui elle est un véritable auteur (et non une apprentie avec peu de crédibilité comme moi - j'ai regardé mon bilan 2007, le Haricot a bon dos) et réussit à nous pondre du 5000 signes par jour de qualité.

Mais bon, revenons à nos hannetons, cette histoire de "je me crée un blog pour m'auto-motiver", comme dans le cas du nanowrimot, marche du tonnerre, tout autant qu'on ait quelqu'un qui nous suive. Regardez, dans le cas des corrections des frontières de l'aube, un an de travail, ça n'a marché que parce que Ereneril me boostait et vice versa. S'il avançait, je ne pouvais pas raisonnablement rester ou le laisser en plan. Le travail d'équipe fonctionne. En particulier, sur les forums cachés de CoCy (ceux de travail), on observe de très bons comportements. Les relectures finales se passent bien parce que chacun tient l'auteur au courant de ses avancées de lecture, et aussi parce que l'auteur discute avec ses lecteurs.

Alors je me demande si ce ne serait pas chouette d'avoir son coach pendant la rédaction d'un roman, et pas seulement pour la correction. Vous savez, un genre de correspondant auquel on a exposé les grandes lignes de l'histoire, et à qui on peut dire, "tiens je vais écrire telle scène", et qui demandera quelques jours plus tard, "alors, c'est fait ? Comment ça avance, ça bloque, ça bloque-t'y pas ?"

Parce que je trouve frustrant quand même de ne pouvoir discuter de mon roman en cours d'écriture avec personne sous prétexte de lui épargner la "découverte" à sa première lecture*. Genre mon mari. C'est avec lui que j'adore discuter de mes textes une fois qu'il les a lus. Il est super critique et généralement on se met un peu sur la tronche, mais ce n'est pas grave. Ca permet d'en discuter et de sortir de son petit cloaque fermé. Très difficile ce "Au Sortir de l'Ombre". La composante XIXeme ne me facilite pas la tâche. Je pense qu'on va dépasser de 50 000 signes.

Revenons à cette histoire de coach. C'est une bonne et une mauvaise idée. Bonne, parce que c'est bien de se faire aider. Mauvaise, parce qu'un écrivain, s'il en est un, ne devrait pas avoir à se faire houspiller pour finir son bouquin.

Alors petit(e) apprenti(e), qu'en dis-tu?

* C'est pour cela que je ne le fais pas lire au fur et à mesure, et puis aussi parce qu'il faudra une grosse relecture de consolidation et le lire en l'état n'apporterait rien.

Vendredi 19 octobre 2007

Il y a un point essentiel que nous avons négligé lors des précédentes aventures de Robert : la maîtrise de l'ellipse, tout ce qu'on n'écrit pas parce qu'on n'a pas besoin de l'écrire, ou parce qu'on préfère ne pas l'écrire. Autant vous dire tout de suite que l'ellipse a beau être un procédé courant et très utilisé, son usage n'en est pas moins casse-gueule.

L'ellipse se traite à deux niveaux, sur la forme et sur le fond.

En terme de forme, l'ellipse n'est pas si simple à maitriser et touche un certain de nombre de procédés stylistiques familiers. Je me rappelle par exemple d'un article de Blackwatch qui incitait les auteurs à montrer plutôt que dire. Comme quand Robert est furieux, on se rend beaucoup mieux du degré de sa colère s'il en vient à casser une chaise sur la tête de la personne qui l'escagasse. A contrario, on ne peut pas que montrer, il faut parfois expliciter, en particulier quand les personnages intériorisent leurs émotions et leur réflexion.

Il est aisé de tomber dans la redite ou dans le convenu. Par exemple, si le personnage se prépare son déjeuner, le lecteur ne sera pas intéressé par l'ensemble des étapes que comporte cette préparation. Il suffit de quelques détails bien choisis pour brosser une scène quotidienne, à la fois familière : une tasse un peu trop chaude que Robert se dépêche de poser sur une table, une crêpe au pâté qui se défait quand il mord dedans...

Inutile de raconter tout le tartinage du pâté pour qu'on se rende compte qu'il a tartiné sa crêpe lui-même, et inutile aussi de préciser que c'est 'heure du petit déjeuner et que donc, il va petit déjeuner. Si on retrouve Robert seul en chausses dans une cuisine à l'aube, avec sa tasse brûlante et sa crêpe qui déborde, on devine qu'il profite d'un réveil matinal pour s'accorder un moment paisible, sans valet calamiteux pour chercher à suppléer à ses désirs. Pauvre homme ! Qu'on le laisse tranquille et qu'on ne gâche pas la plénitude du moment par une description détaillée qui confine à l'indiscrétion !

Oui mais. L'ellipse est si pratique que parfois, on tombe gaiement dedans en comptant sur l'imagination du lecteur pour combler tous les trous. Par exemple, toujours pour la scène de Robert au petit déj, je n'ai pas vraiment évoqué la cuisine. J'ai parlé de valet, et on peut subodorer que dans le contexte, j'avais placé le mot château quelque part avant. Alors, en passant gentiment dessus, j'évite de la décrire d'une (ce qui peut être intéressant dans un contexte médiéval, puisque tous ne savent pas trop ce qu'on trouve dans une cuisine de l'époque), et de deux, j'évite de justifier sa désertitude de gobi. Quoi, personne dans la cuisine d'un château un peu avant l'aube ? Ben y'en a qui ne sont peut-être pas très près de manger... Voire y'en a qui devraient peut-être même y dormir et qui n'y sont pas ?!

Moi en tant que lectrice, je me pose plus ou moins la question de comment notre empoté de Robert réussit à approcher la bouffe dans un château sans que personne ne l'y prenne. Il est très fort, je suis sûre que tous les clébards du coin lui vouent déjà un culte. En tant qu'auteur, je vous avoue m'être assez peu documentée sur le fonctionnement des cuisines au moyen-âge. Donc, on va dire que ça m'arrange.

(à suivre)

Vendredi 24 août 2007
Cher(e)s égaré(e)s,

Je vous écris aujourd'hui depuis ma cuisine, et je pense à vous comme à des amis qui me manqueraient. Tandis que mon haricot s'excite dans son transat, je ne vous oublie pas, entre une vaisselle et un cheese cake.

Ici il fait beau et chaud, j'aurais presque pu déjeuner dehors. Je me porte bien, j'ai maigri et je songe à la rentrée avec aussi peu d'enthousiasme que vous l'imaginez.

Tout cela m'amène à vois faire part de ma réflexion du jour. Parmi toutes les questions existentielles qui harponnent l'auteur consciencieux, il y en a une qui mérite que nous nous attardions.

Doit-on faire plaisir au lecteur ?
Ah ah ! Oui ET non. Si l'on écrit pas que pour soi, le lecteur doit passer un agréable moment, mais agréable en soi signifie se plonger dans sa lecture jusqu'au cou. Et lui faire plaisir est une gageure : d'un lecteur à l'autre l'attente sera diférente. Non, ce qu'il faut, ce n'est pas lui faire plaisir, c'est le faire réagir d'une façon ou d'une autre. Chercher sa peine, le frustrer, le faire rire, éventuellement lui faire avoir une petite larme.

En attendant de vous retrouver, je recommande une saine lecture : Dans les pas de Roanne. Ne vous en privez pas, c'est gratuit.
Mercredi 25 juillet 2007
Il y a tout de même un écueil dans la rédaction d'un roman sur lequel j'aime à jeter la barque de mon orgueuil (poétique tout ça, n'est-ce pas ?) Je parle de la tentation perverse de prendre en tête à tête l'un de vos proches pour lui raconter de bout en bout votre roman afin de savoir...
Est-ce que mon histoire est bonne ?

Parce que voilà le problème : si votre histoire vous semble bonne, voire excellente (c'est sûr, parce que sinon vous ne travailleriez pas comme un damné dessus dès que l'occasion se présente), le sera-t-elle pour les autres ?
Tous vos efforts sur la forme ou sur le fond n'y feront rien si l'histoire, au final, est trop téléphonée, facile à anticiper, etc. Bien sûr, vous n'allez pas réinventer la poudre, c'est aussi la façon dont vous écrirez l'histoire qui en fera un succès.

Donc a priori, rien ne sert de raconter votre histoire, il faut l'écrire. Seulement, une fois celle-ci écrite, n'avez-vous pas envie de la faire lire, tout de suite ? Là, le problème se repose : le preier jet est le moins bon. Vous risquez gros à le faire lire de suite.

C'est comme un jardin : tout a poussé, l'herbe, les paquerettes, deux trois coquelicots, les ronces aussi... L'arbre a perdu plein de feuilles qui pourrissent à son pied, les platebandes sont engorgées de mauvaises herbes. Le jardin a l'air abandonné, il n'est pas engageant. Le visiteur va croire à un laisser aller alors que la nature vient juste de faire son oeuvre ; ça m'étonnerait qu'il ait envie de s'y installer pour le pique-nique. Un petit coup de jardinage et on aura un magnifique jardin à l'anglaise, qui va taper dans l'oeil du visiteur.

En conclusion, selon moi, il vaut mieux se faire lire une fois le gros du travail effectué si on veut vraiment avoir un avis sur l'histoire. Sauf que si après tout ce travail on nous dit que cest tout pourri, bonjour le malaise. Quelqu'un aurait-il une solution miracle ?

Pour en lire plus à ce sujet, rendez-vous sur...
http://cocyclics.org/punBB/viewtopic.php?id=696
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